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JOWEE OMICIL

Let’s just basH! D’emblée, il place l’ambiance. Positive. C’est mon onomatopée pour dire : show love ! Il est temps qu’on donne de l’amour. Nous avons besoin de ne ja-
mais l’oublier. On n’a pas le temps d’être négatif. C’est donc ainsi qu’il a baptisé son nouveau disque, en référence aux « bash parties », les fêtes joyeuses outre-Atlantique.
Jowee Omicil est à l’image de son nom : il ne ressemble à personne… Et il est certain que le saxophoniste aux racines haïtiennes parle «en présence de toutes les langues »,
pour prendre l’expression d’Edouard Glissant, l’écrivain français de la Martinique. Je suis né à Montréal le 1er décembre 1977… Sagittaire !, précise ce fan du zodiaque.
Il grandit dans la métropole bilingue, dans les quartiers métissés où il a déménagé suite à la mort de sa mère. À l’époque, la musique se résume à ce qu’écoute son
père à la radio, les chanteurs de variété française ou en version locale. Avant qu’il ne découvre Run-D.M.C., LL Cool J et autres Refugees par l’entremise de son demi-frère
Pharell, plus âgé que lui. Le hip hop me faisait rêver ! C’était plus la même histoire, confie celui qui fut élevé par un père pasteur et professeur fondateur de la première
église évangélique à Montréal. C’est d’ailleurs ainsi qu’il entre en musique. À quinze ans, quand son père veut former un orchestre pour l’église, il recrute parmi ses en-
fants. Son frère sera trompettiste et lui saxophoniste. Musiques de mariage, événements paroissiaux, chorales, fanfares… Il faut savoir jouer à l’oreille mais on doit tou-
jours être capable de lire. Une leçon qui va lui servir toute sa vie. Cette dualité, tel undon d’ubiquité, va constamment caractériser le saxophoniste qui n’est jamais aussi
bien que « in and out ». C’est-à-dire en plein dans le mille.

Très tôt, il se fait l’oreille en écoutant les combos dans les fêtes de la communauté :
Nemours Jean-Baptiste, Shleu-Shleu, Tabou Combo et… Coupé Cloué, les maestros de la discipline du groove. Et puis bientôt les saxophonistes alto qui dominent le début
des années quatre-vingt-dix : Steve Coleman, David Sanborn et Kenny Garrett dont il est devenu très proche.
«Un jour mon prof m’a dit que je n’avais encore rien écouté. Il m’a conseillé Charlie Parker». Ce sera une révélation. L’apprenti traque les notes et apprend par cœur.
L’autre rencontre décisive sera avec le plus soulful des parkériens, Ornette Coleman,que Jowee croise en 2008 lors du festival de jazz de Montréal. Je l’ai remercié pour ses
mélodies, son blues. Il m’a donné à l’oreille son adresse. J’ai attendu trois ans avant d’aller chez lui. Il m’a ouvert comme si c’était hier. Avec le maître de l’harmolodie il
échange des heures, sans jamais toucher l’instrument. J’étais comme à la maison. Ornette est l’une des personnes les plus chaleureuses que j’ai rencontrées. Quelqu’un de libre, de très drôle. Il le reverra une semaine avant sa mort, en juin 2015.

Discographie

Jowee Omicil : Bash !  (Jazz Village/Pias – 2017)

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